Juste avant, Fanny Saintenoy, Flammarion 2011, 120 pages


Quatrième de couv’ :

Voici un texte qui alterne poésie douce et drôlerie franche. Par la voix d’une très vieille dame sur son lit de mort, et par celle de son arrière-petite fille, une jeune femme que la vie moderne bouscule, cinq générations parlent. Face aux duretés de la vie, face à la mort qui sème la zizanie, leurs histoires transmettent une gaieté indéfectible. Un premier roman, un récit court qui traverse le siècle, réussite rare de vigueur et de simplicité.

L’avis de la publivore :

Il est peu fréquent que je saute sur les ouvrages de la rentrée littéraire. Cependant, comité de lecture oblige, on m’a fait part de l’existence de cette pépite susceptible d’attirer mon attention. Belle inspiration de ma « conseillère ès livres » 🙂

Ce court récit à double voix : les pensées de l’arrière-petite-fille qui rend visite à son aïeule résidente d’une maison de retraite,  m’a particulièrement bouleversée.

Et ce, d’autant que je suis personnellement active au sein d’une association (dont vous trouverez le lien PAR LÀ) qui organise des rencontres amicales entre bénévoles et personnes âgées et isolées.

Le vocabulaire oral, voire familier, qui me déplait d’ordinaire, donne ici à ce texte davantage de force et de profondeur.

Touchant et criant de vérité, la lectrice habituée des « petits vieux » ressent fortement l’expérience sincère de l’auteure. Je  partage tant avec elle. J’ai rarement noté tant de citations !

L’univers quasi carcéral des maisons de retraite y est brillamment relaté, ainsi que les états d’âmes de ces personnes qui y vieillissent, souvent seules.

De l’expérience de vie de cette centenaire, celle de la guerre, de la relation avec sa sœur et ses descendantes, des aléas du grand-âge, en passant par les difficultés éprouvées par la narratrice à pousser les portes de la maison de retraite, ou le choc des générations, chaque passage sonne juste.

Il s’agit là d’un véritable coup de cœur. Je ne sais pas si cette sensation s’explique par mon attachement tout particulier aux personnes âgées ou si, tout bêtement, la simplicité et la sobriété de ce roman doivent faire l’unanimité. Ceci dit, d’après les commentaires rapidement vus sur les blogs, mon sentiment est largement partagé !

Pour une lectrice qui n’apprécie guère les petits romans, j’ai pour ma part été bluffée. Une belle réussite, une réflexion en miroir sur la vie, très émouvante et paisible,  tout en évitant habilement le misérabilisme, sur un sujet pourtant difficile.

A découvrir.

Une sélection  de citations piochées par ci-par-là :

Du côté de l’arrière-petite-fille :

« Ma vieille pomme, dans le couloir, quand je venais te voir à la Madeleine, j’avais toujours l’appréhension d’en prendre un coup, il faut se gonfler un peu les épaules avant de pénétrer dans une maison de retraite, se faire une petite carapace de protection. Rien que l’odeur, et puis pousser la porte du service, on entrait dans un autre monde, celui de la désespérance. J’avançais lentement, la décrépitude impose le silence. Je jetais des coups d’œil à droite et à gauche, toutes les deux portes. Les vieilles dans leurs fauteuils, le fauteuil ou le lit, regards vides et perdus devant la télé allumée seulement pour faire du bruit, une pure tristesse de chien dans les yeux quand elles se tournaient pour me voir passer. Des bras secs et pendants au-dessus des couvertures miteuses, éventail d’odeurs âcres et fades. Un autre genre de couloir de la mort. Comme un film au ralenti, je vois ta silhouette tout au bout, frêle, accoudée à la barre, l’épaule qui traîne un peu le long du mur. Ton visage se transformait tout doucement, le temps que tu plisses les yeux plusieurs fois pour nous reconnaître. J’aimais que tu oublies toujours les dates de nos visites, comme ça tu avais l’air surpris, à chaque fois, c’était ma récompense. »

Du côté de son aïeule :

–       « Faut que ça serve au moins à se raconter des histoires, de devenir aussi vieux, à rebroder son destin […] Ca nous occupe, les très vieux, de refaire notre vie autrement. Différentes versions selon l’auditoire, l’ambiance ; aucune importance, d’être pris en flagrant délit d’incohérence, personne n’y fait attention puisque de toute façon « on perd la boule ». »

 –       «  Pendant des années, j’avais une copine à l’étage du dessous, Mme Garrigue, nous passions presque toutes nos journées ensemble. Elle est morte d’un seul coup, ça ne m’a rien fait, pas une larme, pas un regret, rien qu’un peu de dégoût devant son corps jauni. J’irai regarder « Tournez manège ! » chez une autre, voilà tout. Incroyable, l’indifférence des vieux pour les autres vieux. »

 –      « La maison de retraite, l’hôpital, et encore la maison de retraite, quelle fatigue ! Mais je ne suis pas pressée, faut du courage pour se dépêcher de mourir, je préfère encore m’ennuyer. J’ai souvent entendu des gens dire, du haut de leur grande jeunesse : « Si j’étais comme ça, je préférerais mourir. »
J’aimerais bien vous y voir, petits frimeurs ! Quand le moment est venu, on s’emballe beaucoup moins. On se dit, finalement je ne suis pas si mal que ça. Je suis moche, mais je n’ai plus personne à séduire. Je n’ai plus de dents, pas de problème, voilà mon dentier. Je n’entends rien, ça m’évitera d’écouter les bêtises de ma voisine de table et ça me fera pardonner de ne pas lui répondre. Toutes les excuses sont bonnes pour se donner une raison de continuer. »

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A propos lapublivore

Bienvenue sur mon blog de lecture ! Juste une envie de partager mes coups de cœur, mes coups de griffe, et mon amour des livres. Je ne peux m'empêcher, de façon générale, de donner mon avis sur tout, alors maintenant, c'est officiel -en ce qui concerne les bouquins du moins- je sévis sur la toile :) Bonnes lectures à tous
Cet article a été publié dans Grand âge, Littérature française, Mes Coups de Coeur. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

3 commentaires pour Juste avant, Fanny Saintenoy, Flammarion 2011, 120 pages

  1. metaphore dit :

    Oh, je note, je pense que je vais apprécier!!! Direction le libraire!
    A bientôt

  2. cajou dit :

    Quelle chance d’enchainer ainsi 2 coups de coeur… mon dernier coup de coeur remonte à 1 an au moins alors je désespère de trouver une lecture qui me fasse à nouveau chavirer… Peut-être avec celui-ci car tout comme toi, j’ai une affection toute particulière pour les personnes âgées, dans la vie et dans les romans… Merci pour la découverte (encore!) (Par contre, 12 euros (bah oui je viens de le mettre illico dans mon panier Amazon), pour 118 pages… ouch!)
    Au plaisir de te lire ^^
    Cajou

  3. Marion dit :

    Tu me tentes beaucoup! Je le note également!

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