Le palais de mémoire, Elise Fontenaille, Editions Calmann-Lévy, 2011, 161 pages


4ème de couv’ :

Depuis que je suis revenu dans la fumerie, j’ai cessé de souffrir, je vis reclus dans mon palais de mémoire. Les yeux clos, l’embout brûlant entre les lèvres, je vois Jade tel qu’il m’apparut en ce jour lointain, à la grande chasse d’automne, son faucon sur un bras…

Dans les limbes d’une fumerie d’opium, le jésuite Artus de Leys, déserté par la foi, déchiré par l’amour, hésite entre le réconfort de l’oubli et la douleur du souvenir. L’homme qu’il aime n’existe plus que dans son esprit, et pour l’y faire revivre sans cesse, Artus bâtit un édifice imaginaire hérité d’un art antique : un palais de mémoire.

Au fil des « pièces » qu’il y ajoute, il se revoit arrivant en Chine pour former les jeunes lettrés de la Cité interdite à l’invitation de l’empereur Kangxi. Il revisite sa vie parisienne, convoque ses amis d’antan. Il chevauche à travers la Mandchourie au côté de Jade, son élève bien-aimé, prince qu’il initie à l’ars memoriae et à la foi chrétienne. Mais Artus ne peut repousser le souvenir du tour funeste que prendra leur passion, sous peine de voir s’effondrer son palais de mémoire…

À travers ce conte tourmenté, exquis, Élise Fontenaille entraîne le lecteur sur des chemins intellectuels, spirituels et sensuels, dans un voyage hypnotique.

Née à Nancy, Elise Fontenaille a été journaliste à Vancouver, puis en France. Elle se consacre aujourd’hui à l’écriture et a publié de nombreux romans, dont Brûlement, L’Aérostat et Les Disparues de Vancouver (Prix Erckmann-Chatrian).

L’avis de la publivore :

Emprunté à la bibliothèque qui venait de recevoir cet ouvrage de la rentrée littéraire, il m’apparaît difficile de le faire entrer dans une « catégorie ». Roman ? Voyage initiatique ? Prose ? Un savant mélange de tout cela, organisé dans des chapitres courts, agrémentés de citations de poètes chinois – de nombreuses références à Li Po et aux pensées de Confucius jalonnent le texte-, de correspondances avec la lointaine Europe, et d’explications du fonctionnement de la mémoire.

Le narrateur, jésuite vivant en Chine, qui fréquente les princes de la Cité interdite, enseigne ce qu’est l’art curieux de la mémoire. Dans l’ambiance si particulière de « La maison des lettrés », des jardins impériaux, des fumeries d’opium, des chevauchées à travers la Mandchourie, et de ses rencontres, il tente  par ailleurs de convertir à la foi chrétienne ses interlocuteurs, qui pratiquent alors un christianisme doublé de croyances populaires locales.

Il faut souligner qu’à travers ce texte, l’auteur nous fait partager le fruit de ce qui a du être un long travail de recherche : le mode de vie local, l’époque, les coutumes traditionnelles sont particulièrement bien dépeintes ; la plume, d’un raffinement rare, participe à la réussite de ce roman, teinté d’une certaine gravité.

Car en effet, si j’évoque des passages poétiques, attention, d’autres s’avèrent particulièrement violents : des scènes de prostitution à peine voilées, de suplices et de tortures, ou encore de coutumes culinaires cruelles, ponctuent cet ouvrage.  

En bref : un roman étonnant, que j’ai apprécié et lu très rapidemment. Je le conseille – mais âmes sensibles s’abstenir.

Citations glanées ça et là :

 

« On dit que vous fabriquez vos longues-vues avec les yeux des enfants que vous ramassez dans les rues… Est-ce vrai ? »
J’éclatai de rire.
« Certes, nous ramassons des orphelins dans les rues, mais c’est pour les baptiser, pas pour leur arracher les yeux ! Vous ne croyez pas à ces sornettes, prince … »
Il fronça les sourcils, deux ailes d’oiseau déployées.
« Ces nourrissons sont voués à la mort, à quoi bon leur laver le front ?
– En les baptisant, nous leur offrons la vie éternelle. »
A son tour, il rit.
« Vous ne croyez pas à ces sornettes … »
 
*** 
 

Ainsi vont les nouvelles entre l’Europe et Cathay : d’un bord à l’autre du Styx. Quand on écrit à un ami, on ne sait jamais s’il est toujours vivant. Les lettres que l’on reçoit font parfois entendre la voix d’un mort qui ignore qu’il n’est plus.
 
***
 
 Je tremble à l’idée de devenir semblable à ces moines taoïstes, qui, à force de mener une vie d’ascète, prolongent presque indéfiniment leur survie.

 

Advertisements

A propos lapublivore

Bienvenue sur mon blog de lecture ! Juste une envie de partager mes coups de cœur, mes coups de griffe, et mon amour des livres. Je ne peux m'empêcher, de façon générale, de donner mon avis sur tout, alors maintenant, c'est officiel -en ce qui concerne les bouquins du moins- je sévis sur la toile :) Bonnes lectures à tous
Cet article a été publié dans Littérature française, Roman historique. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Un commentaire pour Le palais de mémoire, Elise Fontenaille, Editions Calmann-Lévy, 2011, 161 pages

  1. Un que j’ai noté sur ceux de la rentrée littéraire que je veux lire.
    Ton avis confirme l’idée que je m’en fais.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s