No et moi, Delphine de Vigan, 250 pages, Le Livre de Poche, 2010


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Minifourmi, lors de notre délicieux Swap Douceur de Printemps, a eu l’heureuse idée de me faire parvenir ce roman coup de coeur de mon comité de lecture, qui traînait dans ma wish-list depuis un moment. Les chapitres, très courts, s’enchaînent vite : j’ai lu ce livre en quelques heures, en savourant chaque ligne. Un grand merci Minifourmi, car ce livre que tu as adoré (consultez sa chronique ici !) est une grande bouffée de fraîcheur, malgré le traitement d’un sujet grave.

Lou, surdouée de 13 ans, vit dans une famille unie mais en proie à des difficultés : la mère, dépressive, ne s’occupe pas franchement d’elle, et le père fait « ce qu’il peut » pour entourer sa fille de l’affection qui lui manque. Lou est une jeune fille à part : très mature, loin des intérêts habituels des ados, elle joue avec les mots, consacre du temps à expérimenter des théories originales, adore la grammaire, et se fiche totalement des conventions. Pour un exposé, elle va choisir de traiter du sujet des sans-abri, en se prêtant à l’exercice de l’interview d’une jeune fille, No, 18 ans, qu’elle rencontrera lors d’une de ses balades parisiennes. Une grande histoire d’amitié et d’affection va alors naître et grandir, où les deux protagonistes s’apprivoisereront doucement.

Ce roman remarquable est franchement une réussite. Avec une écriture magnifique, simple, mais pas simpliste, et dans un rythme entraînant, la romancière nous plonge dans la réalité de la vie, ses injustices et ses paradoxes. Aucun passage « gnan-gnan » à déplorer ; une réflexion très digne : beaucoup de justesse et de délicatesse ; un épilogue qui m’a laissée dans un état second.

A l’image du surnom que Lucas, le meilleur ami de Lou, lui attribue, la publivore n’a pas peur des mots : ce roman est une pépite !!  Jugez par vous-même, je vous invite à lire ce texte très touchant,  ponctué de moments qui vous laisseront rêveur.

Petit florilège de passages glanés çà et là :

« Avant de rencontrer No, je croyais que la violence était dans les cris, les coups, la guerre et le sang. Maintenant je sais que la violence est aussi dans le silence, qu’elle est parfois invisible à l’oeil nu. La violence est ce temps qui recouvre les blessures, l’enchaînement irréductible des jours, cet impossible retour en arrière. La violence est ce qui nous échappe, elle se tait, ne se montre pas, la violence est ce qui ne trouve pas d’explication, ce qui restera à jamais opaque. » 

          **************************************************************************

« – On dit souvent que les gens que les gens qui sont dans la rue, ils sont cassés. Au bout d’un moment, ils peuvent plus vivre normalement.

– Je m’en fous de ce qu’on dit.

– Je sais, mais …

– Le problème, c’est les mais, justemment, avec les mais, on ne fait jamais rien.

– T’es toute petite et t’es toute grande, Pépite,  et t’as bien raison. »

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« La dame du bar d’en face a recueilli le chien de Mouloud. Les chiens on peut les prendre chez soi, mais pas les SDF. Moi je me suis dit que si chacun d’entre-nous accueillait un sans-abri, si chacun décidait de s’occuper d’une personne, une seule, de l’aider, de l’accompagner, peut-être qu’il y en aurait moins dans la rue. Mon père m’a répondu que ce n’était pas possible. Les choses sont toujours plus compliquées qu’il n’y paraît. Les choses sont ce qu’elles sont, et il y en a beaucoup contre lesquelles on ne peut rien. Voilà sans doute ce qu’il faut admettre pour devenir adulte.

On est capable d’envoyer des avions supersoniques et des fusées dans l’espace, d’identifier un criminel à partir d’un cheveu ou d’une miniscule particule de peau, de créer une tomate qui reste trois semaines au réfrigérateur sans prendre une ride, de faire tenir dans une puce microscopique des milliards d’informations. On est capable de laisser mourir des gens dans la rue. »

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A propos lapublivore

Bienvenue sur mon blog de lecture ! Juste une envie de partager mes coups de cœur, mes coups de griffe, et mon amour des livres. Je ne peux m'empêcher, de façon générale, de donner mon avis sur tout, alors maintenant, c'est officiel -en ce qui concerne les bouquins du moins- je sévis sur la toile :) Bonnes lectures à tous
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9 commentaires pour No et moi, Delphine de Vigan, 250 pages, Le Livre de Poche, 2010

  1. Minifourmi dit :

    Je suis vraiment ravie que ce livre t’ai plu! Moi il m’a vraiment beaucoup touchée. A tel point que je me suis décidée à regarder le film cet après-midi… J’en avais lu beaucoup de critiques négatives, mais je le trouve très touchant malgré tout, et je ne suis pas vraiment déçue (même si forcément, l’écrit m’a plus touchée).
    Bref, par rapport au sujet, j’ai découvert Keny Arkana en concert lors du festival Emmaüs jeudi soir, et même si à la base tu n’aimes pas ce style de musique, je te conseille d’écouter ses textes. Moi, elle m’a chamboulée. Voici 2 liens vers des morceaux qui me touchent:

  2. lapublivore dit :

    Tiens,en voilàune bonne idée :le film !! Je vais demander à Monsieur le publivore s’il ne peut pas me le dégoter quelquepart 🙂 On verra bien ce que ça donne (une fois, je l’ai traîné au ciné voir « La jeune fille à la perle », adaptation du roman du même nom,de Tracy Chevalier – que j’adore- et le pauvre bougre s’était endormi !!!!).
    Merci pour les liens (effectivemment, ce genre n’est pas trop ma cup of tea, mais les paroles valent le détour!)

  3. Isa dit :

    J’avais adoré ce roman. Mais mon préféré de l’auteur reste Les heures souterraines. Vraiment excellent.
    J’attends avec impatience son nouveau roman qui sort très bientôt.

  4. Ping : Entre le ciel et la terre (« When Heaven and earth changed places : places : A Vietnamese Woman’s Journey from War to Peace ), Le Ly Hayslip, 445 pages, Seuil Points 1995 | «La publivore

  5. Ping : Entre le ciel et la terre (« When Heaven and earth changed places : A Vietnamese Woman’s Journey from War to Peace ), Le Ly Hayslip, 445 pages, Seuil Points 1995 | «La publivore

  6. Ping : Entre le ciel et la terre (« When Heaven and earth changed places : A Vietnamese Woman’s Journey from War to Peace ), Le Ly Hayslip, 445 pages, Seuil Points 1995 | «La publivore

  7. Marion dit :

    Tout comme toi, ce roman a été pour moi un énorme coup de coeur! L’histoire m’a touchée au possible! Pour moi de Vignan est réellement une auteur à suivre!

  8. noursette dit :

    celui-ci va rejoindre ma Wish-List très vite !

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